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18.03.2005

Docteur Freud ?

L’action se déroule à Vienne au début du siècle dernier...

Un éminent médecin, père de la psychanalyse, nommé Sigmund Freud, se voit proposer par son disciple, Ferenczi un sujet d’analyse inespéré : un tirailleur sénégalais, choqué, enfermé dans un profond mutisme et oublié dans un hôpital militaire.
L’hypnose sera-t-elle salutaire à Ekudi qui se trouve être un sorcier Yoruba ? Ou ira-t-il chercher ailleurs, chez ses ancêtres, la force qui manque peut-être aussi au distingué Docteur Freud ?



Qui n’a jamais rêvé d’avoir accès aux archives secrètes de l’illustre et regretté Docteur Freud ?
Vous en avez rêvé … Babatundé, gardien de nuit sénégalais, l’a fait. Il est là, sous nos yeux, muni d’une lampe torche, fouillant audacieusement la mémoire interdite du père de la psychanalyse.


Une fois n’est pas coutume, c’est le gardien du temple qui en est le profanateur.

Babatundé n’est pas là par hasard : l’esprit de son grand-père le pousse violemment (il se manifeste par des douleurs physiques insupportables) à accomplir une mission salvatrice pour lui, pour la mémoire de ses ancêtres et pour l’amour de la vérité. Babatundé cherche, part à la rencontre de la petite histoire, celle qui n’est pas rapportée dans les livres, et le passé s’ouvre à nous…







Vienne 1919, Sigmund Freud a 63 ans. Il peine sur le cas d’un patient russe qu’il estime ne pas avoir guéri et qui le confronte à un cuisant échec personnel, peut-être est-il temps de passer la main.
C’est alors que Ferenczi, son disciple le plus brillant et le plus fidèle, lui offre sur un plateau un merveilleux sujet d’analyse. Un tirailleur sénégalais (un de ces combattants pour une France libre qui furent ensuite superbement ignorés ou pire, humiliés), oublié à l’hôpital dans un état de prostration avancée.

Après quelques digressions entre le Docteur Freud et son épouse sur la capacité ou l’incapacité d’un nègre à réagir à l’hypnose (ce qui supposerait qu’il ait un inconscient et par conséquent, un esprit !), la décision est prise de profiter du spécimen pour en savoir plus sur les capacités mentales de ces indigènes et de découvrir peut être ce que Darwin appelait le « chaînon manquant » entre le singe et l’homme.

Alors que le docteur Freud croit sortir Ekudi de son mutisme grâce à l’hypnose, ce dernier est en réalité ramené par une idole vaudou ornant le cabinet du docteur.
Les considérations raciales précédemment évoquées étant plus le fait d’une ignorance inavouée que d’un racisme primaire, des relations, que l’on pourrait presque qualifier d’amicales, se tissent peu à peu entre la famille Freud et le sujet d’analyse du Docteur : Ekudi, sorcier Yoruba.

Alors que la psychanalyse est fondée sur l’écoute non orientée et l’anti-suggestion, Ferenzsi, fasciné par la sagesse d’Ekudi, est persuadé qu’il détient un savoir qui permettrait de faire évoluer techniquement la psychanalyse.
Il en vient même à remettre en cause cette méthode de guérison au grand dam de son maître.

Le grand Freud, perplexe, touché à son tour par les paroles d’Ekudi qui semble le cerner d’avantage que lui-même n’a su l’atteindre, vacille en son domaine. Qui analyse vraiment l’autre ?



La mise en scène très académique cadre parfaitement l’intrigue et les comédiens, irréprochables, si ce n’est dans une linéarité qui, bien que nous permettant d’intégrer leurs personnages, aurait mérité quelques envolées.

Reste que l’originalité et l’audace du propos parviennent à eux seuls à nous captiver jusqu’au dénouement final qui exalte la vérité. Et n’oubliez pas : toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé, ne serait que pure coïncidence…



Karine Blanc